Dans cet entretien « Pleins feux sur l’Asie-Pacifique » de l’UITP, Shunzo Miyake, cadre supérieur et directeur général du siège des affaires internationales de la Compagnie ferroviaire de l’Est du Japon, revient sur son parcours professionnel et ses valeurs.

Lorsque Shunzo Miyake a rejoint JR East en 1990 après avoir obtenu son diplôme universitaire, il n’aurait jamais imaginé que sa carrière l’amènerait un jour à parcourir le monde entier.

À l’époque, rares étaient ceux qui auraient pu prévoir que l’industrie ferroviaire japonaise allait prendre une dimension internationale. Pourtant, grâce à sa participation active à des conférences internationales et à son rôle de premier plan dans des projets à l’étranger, M. Miyake est devenu une figure clé de l’expansion internationale de JR East.

Après avoir acquis de l’expérience au sein des services des ressources humaines et des ventes, M. Miyake a franchi une étape décisive en 1994 en acceptant une mission d’un an à Londres chez IBJ International, où il a occupé un poste de stagiaire dans le domaine du négoce d’obligations et de l’analyse de prêts. Il considère souvent cette expérience comme un tournant décisif tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie personnelle.

À son retour au Japon, Miyake a approfondi ses compétences en ressources humaines et en marketing, deux piliers qui ont façonné son style de direction. En 2016, il s’est à nouveau orienté vers le commerce international, où il a joué un rôle central dans le développement de la présence mondiale de JR East en mettant en place un troisième pilier : les ressources humaines à l’échelle mondiale.

Le parcours de Miyake témoigne de sa persévérance et de ses efforts, des qualités forgées au fil d’années d’entraînement rigoureux en tant que 6e dan de kendo. L’esprit du kendo, qui met l’accent sur la force mentale, le respect et le perfectionnement continu, continue de se refléter dans son style de direction. Son engagement sans faille et son approche fondée sur des principes restent un moteur essentiel des ambitions internationales de l’entreprise.

#1 Qu’est-ce qui vous a incité à vous orienter vers une carrière dans le secteur des transports publics ?

Au cours de ma première et de ma deuxième année d’université, j’ai vécu la période du démantèlement et de la privatisation des entreprises ferroviaires japonaises.

J’ai été profondément impressionné par la manière dont l’organisation a réussi à se relever malgré les dommages subis à l’époque des Chemins de fer ferroviaires nationaux japonais. C’était l’un des enjeux politiques les plus urgents du Japon à l’époque, mais ils ont su naviguer avec brio dans les méandres du processus politique pour le surmonter.

Cette transformation m’a incité à rejoindre JR East et à m’y intégrer. Même si j’ai envisagé de devenir fonctionnaire pendant ma recherche d’emploi, j’ai choisi JR East car je préférais être sur le terrain plutôt que dans la planification.

Depuis lors, j’ai occupé divers postes, notamment en tant que stagiaire dans une banque et dans le cadre du projet Suica, mais je suis resté principalement au sein du secteur de la mobilité de JR East jusqu’à aujourd’hui.

#2 Qu’est-ce qui vous aide à évacuer le stress ?

Je suis pratiquement de garde 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, mais je gère mon stress en allant m’entraîner au kendo dès que j’en ai l’occasion. Au-delà d’un exercice physique intense, il s’agit avant tout d’une forme de discipline spirituelle pour les Japonais, ce qui m’aide énormément à apaiser mon esprit.

Shunzo Miyake pratiquant le kendo

#3 Qu’est-ce qui vous motive ?

Le sentiment concret de faire un travail qui profite à la société et aux autres est quelque chose que je ressens chaque jour. Qu’il s’agisse de l’heure de pointe, avec son agitation et son chaos, de l’accueil réservé à nos clients par notre division dédiée aux solutions de style de vie, ou encore de l’attention médiatique qui accompagne chacun des gestes de notre groupe, je suis sincèrement convaincu que nous jouons un rôle essentiel dans la société.

Cet impact est rendu possible grâce au dévouement de notre personnel. Cependant, si l’un d’entre eux éprouve des inquiétudes ou un sentiment d’insatisfaction, c’est toute l’entreprise qui en pâtit. Ma plus grande joie, c’est de voir le visage d’un membre du personnel s’illuminer lorsque nous parvenons à résoudre ne serait-ce qu’un seul de ses soucis ou de ses griefs.

#4 Quel est l’un de vos meilleurs souvenirs de votre carrière jusqu’à présent ?

Le fait d’avoir été affecté à Londres en tant que stagiaire en finance pendant un an, quand j’étais jeune, a sans aucun doute changé ma façon de voir les choses. J’avais souvent entendu dire que les Japonais étaient considérés comme des bourreaux de travail, mais ce qui m’a davantage frappé, c’est le nombre de personnes à travers le monde qui se consacrent à leur travail avec une passion débordante.

J’ai également été profondément surpris par la manière unique dont le Japon gère le monde du travail, les pratiques commerciales et les mentalités, ainsi que par la grande Résilience dont fait preuve l’Europe, y compris le Royaume-Uni.

Étant donné que mon travail actuel consiste à imaginer l’avenir du Transport en Commun et la manière dont une entreprise entièrement privée peut fonctionner de manière autonome, j’en suis venu à croire fermement qu’il faut faire l’expérience de tout ce qui est possible.

#5 Quelle est votre devise pour maintenir le moral de votre équipe à un niveau élevé ?

Quand tout le monde traverse une période difficile, je m’efforce de prendre les devants ou de leur assurer que je le ferai. Mon expérience m’a appris que la chose la plus dangereuse qu’un dirigeant puisse faire dans des situations difficiles est de prendre la fuite ou de paraître indécis.

C’est quelque chose que l’on ne peut apprendre que par l’expérience ; ni les livres ni l’école ne peuvent vous l’enseigner. Les situations difficiles engendrent la méfiance, les conjectures et les luttes de pouvoir ; vous devez donc cultiver un esprit inébranlable et le courage d’affronter les vents contraires.