Points clés à retenir

Alors que le Maroc se prépare à accueillir la Coupe d’Afrique des nations de la Confédération africaine de football (CAF) en 2025 et la Coupe du monde de la FIFA 2030 (aux côtés de l’Espagne et du Portugal), le moment ne pourrait être mieux choisi pour que le Royaume accueille un autre événement majeur : la Conférence UITP Afrique x MENA 2024.

Du 9 au 11 décembre 2024, Casablanca s’est transformée en un lieu de rencontre dédié aux débats sur le Transport en Commun (TC), accueillant 256 délégués venus de 28 pays d’Afrique, de la région MENA, d’Europe et d’Asie.

« L'organisation de cet événement, ainsi que de la première réunion de l'UITP Afrique, s'inscrit dans le cadre de l'initiative du Maroc visant à renforcer la coopération Sud-Sud. »
Abderrahim Outass
Adjoint au maire de Casablanca

Transport en Commun (TC) et événements mondiaux : une masterclass sur la gestion du transport de millions de personnes

Les événements de grande envergure posent des défis logistiques particuliers et nécessitent une planification minutieuse pour garantir une mobilité fluide.

Les intervenants ont présenté les meilleures pratiques issues d’événements tels que le pèlerinage du Hadj et les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, offrant ainsi au Maroc des conseils et des astuces alors que le pays se prépare à accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2025 et la Coupe du monde de football 2030.

Un thème commun se dégage de ces exemples : la capacité d’adaptation est essentielle pour relever les nouveaux défis.

Ces événements jouent un rôle de catalyseur dans le développement du Transport en Commun (TC) et apportent des avantages durables aux villes et à leurs habitants, en favorisant une culture qui privilégie le TC plutôt que la voiture particulière.

« Ces événements ne connaîtraient pas un tel succès sans le Transport en Commun (TC) ! »
Bouake Meite, General Manager Abidjan Transport Company (SOTRA)

Coupe d’Afrique des nations 2023, Côte d’Ivoire

Le football est sans doute le sport le plus populaire dans tous les pays africains, ce qui signifie qu’Abidjan avait la pression ! Bouake Meite, directeur général de la Société des transports d’Abidjan (SOTRA), a souligné l’importance des investissements dans le Transport en Commun (TC).

Les aménagements d’infrastructures réalisés pour le tournoi ont eu un impact durable : ils ont amélioré l’accessibilité, comblé les lacunes dans les zones mal desservies et amélioré la perception qu’a le public du Transport en Commun (TC).

Pèlerinage du Hadj, Arabie saoudite

Le chemin vers le Hadj n’est pas facile quand on travaille en coulisses ! Mustafa Shibli, responsable du projet de bus de La Mecque au sein du CDC, a présenté en détail les aspects logistiques liés à la gestion de 2 millions de pèlerins.

Parmi les enseignements tirés, citons l’adaptation des pratiques issues des précédentes saisons du Hadj, le développement des infrastructures et de la capacité de la flotte pour répondre à l’afflux croissant de pèlerins, ainsi que l’utilisation des technologies de pointe, telles que les capteurs de caméras pour la gestion des foules, et la mise en place de voies réservées aux bus, afin de garantir un déroulement efficace et sans heurts des opérations.

Le futur projet de Métro de La Mecque, qui s’inscrit dans le cadre de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite, permettra d’améliorer encore davantage la connectivité et la sécurité.

Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024

Laurence Debrincat, directrice de la prospective, des études et des Jeux olympiques et paralympiques chez Île-de-France Mobilité, a présenté des stratégies telles que la mise en place de zones tampons pour répartir les spectateurs, une application mobile multilingue pour la planification des trajets (proposant notamment des itinéraires recommandés), ainsi que la priorité accordée à l’accessibilité grâce à des taxis et des places de stationnement réservés aux personnes handicapées.

M. Debrincat a souligné que la collaboration avec les organisateurs d’événements et l’optimisation des infrastructures existantes – plutôt que la mise en place de nouveaux systèmes – se sont avérées essentielles.

« Planifiez, testez, coordonnez, mais surtout, coopérez ! », a insisté M. Debrincat.

Mise en place du BRT et modernisation des réseaux de bus Standard au Maroc

À l’occasion de leur 50e anniversaire, les réseaux de bus à haut niveau de service (BHNS) ont été au cœur de la Conférence.

Alors que les villes du monde entier sont confrontées à une urbanisation rapide, comme au Maroc, où 68,5 % de la population devrait vivre en zone urbaine d’ici 2050 (Haut-Commissariat du Plan – HCP), le BRT offre une solution évolutive et rentable aux problèmes de congestion routière, aux défis environnementaux et aux inégalités en matière de mobilité.

L’avenir passe par le Bus

Rapide, accessible et respectueux de l’environnement : le projet de BRT de Casablanca, opérationnel depuis 2023, couvre l’ensemble de la ville et incarne un urbanisme intégré.

Le service « CasaBusway » vient compléter l’offre de Transport en Commun (TC) de la métropole en ajoutant deux lignes à voie réservée au réseau de tramway existant de Casablanca.

Nabil Beladed, directeur général de CASABUS, a souligné le rôle des autorités et la collaboration entre les parties prenantes pour en assurer le succès.

Reliant les points stratégiques de la ville, du nord au sud, le réseau de bus à haut niveau de service (BHNS) d’Agadir met l’accent sur le développement urbain durable, avec des pistes cyclables, un éclairage LED et des espaces verts.

Jamal Damich, directeur du département de recherche du Grand Agadir pour la Mobilité et les Déplacements Urbains (GAMDU), a expliqué que le projet avait déjà permis de réduire les embouteillages dans le centre-ville, et que l’objectif était de développer la flotte de 30 à 200 bus, afin de desservir davantage de personnes et de stimuler l’activité économique.

Ces dernières années, le Maroc a fait preuve d’une forte volonté de moderniser ses systèmes de transport public, en mettant particulièrement l’accent sur la mobilité urbaine.

Qu’il s’agisse des lignes de BRT à Casablanca et à Agadir, de la modernisation du réseau de tramway de Rabat-Salé ou de l’acquisition de 3 500 nouveaux bus, ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du plan stratégique du Royaume pour les transports publics 2025-2029.

Ces efforts, axés sur l’accessibilité, l’innovation et la durabilité, ont été mis en avant par Jelloul Samsseme, wali et directeur général des collectivités locales, qui a reçu au nom du Maroc le prix de l’UITP récompensant une contribution exceptionnelle.

Mobilité combinée : Les systèmes de transport en commun en synergie avec d’autres services de mobilité

La troisième séance plénière a porté sur le concept de mobilité combinée, qui associe les systèmes de transport en commun à d’autres modes de transport afin d’offrir aux usagers des trajets fluides et efficaces.

Michael Banjo, responsable régional des gares chez Transport for London, a fait une présentation sur le potentiel inexploité du transport par voie d’eau sur les voies navigables intérieures africaines.

Banjo a présenté des solutions prometteuses, notamment des projets pilotes, des partenariats avec le secteur privé, comme la flotte de ferries de Caverton Marine au Nigeria, et des initiatives transfrontalières, telles que le service de fret sur le lac Victoria, qui relie l’Ouganda et la Tanzanie.

M. Banjo a conclu en soulignant le rôle essentiel du transport par voie d’eau dans la réalisation des objectifs de développement durable et la promotion de l’action climatique, le présentant comme un élément à part entière des futurs systèmes de transport en Afrique.

Des voies navigables aux rues animées, Emmanuel Dommergues, responsable de l’unité « Gouvernance de la mobilité » à l’UITP, a mis l’accent sur le transport informel, qui représente plus de 50 % des trajets en TC dans de nombreuses villes du Sud.

Si le transport informel est indispensable à une mobilité urbaine flexible, son plein potentiel dépend de la réglementation, d’une gouvernance solide et de son intégration dans les systèmes de transport officiels.

Il est essentiel de reconnaître le transport informel comme un pilier de la mobilité urbaine pour mettre en place des solutions de transport équitables et durables dans les pays du Sud.

Mobilité durable : Véhicules électriques et technologies de bus propres

Du réseau BRT de Dakar, au Sénégal, au programme « Green Bus » d’Abou Dhabi, l’adoption des véhicules électriques et des technologies de bus propres prend de l’ampleur à l’échelle mondiale.

Thierno Birahim AW, directeur général du CETUD, a fait part de l’expérience du BRT de Dakar et a présenté la stratégie en matière de mobilité électrique, qui vise à mettre en place une flotte entièrement zéro émission afin de répondre aux besoins liés à la croissance urbaine.

Anan Alamri, responsable de la mobilité alternative et durable au Centre de transport intégré, a présenté la feuille de route stratégique du programme « Green Bus » d’Abu Dhabi visant à mettre en place une flotte à zéro émission nette, dans le cadre de la vision des Émirats arabes unis visant le zéro émission nette d’ici 2050, tout en accordant la priorité aux solutions centrées sur les passagers.

Laura Delgado, responsable des relations extérieures au CRTM, a présenté le succès du système de transport public intégré de Madrid.

Depuis la création du Consorcio Regional de Transportes de Madrid (CRTM), la région a connu une harmonisation des compétences administratives, des systèmes tarifaires et des modes de transport.

Elle a également expliqué comment l’intégration modale relie les réseaux ferroviaires et de bus, en faisant de l’intermodalité un principe fondamental, tandis que l’intégration technologique garantit un partage efficace des données entre les opérateurs et les passagers.

Financer la mobilité urbaine durable pour un avenir meilleur

Des experts du secteur, des acteurs clés et des bailleurs de fonds ont examiné différents modèles de financement et leur rôle dans le soutien à la durabilité des systèmes de mobilité urbaine et multimodale.

Le fonds pour le Transport en Commun du Maroc, créé en 2007, a servi d’exemple lors de la table ronde.

En finançant les infrastructures et en adoptant une approche globale tenant compte des aspects sociaux, économiques et environnementaux, le Royaume a démontré en quoi une croissance durable profite à l’ensemble des citoyens.

Comme l’a souligné Mustapha Loudini, chef de la Division des finances locales à la Direction générale des collectivités territoriales, « le Maroc est fier d’avoir atteint le niveau de Transport en Commun (TC) dont il dispose aujourd’hui, mais il est important de consolider les modèles de gouvernance. »

« Nous devons voir plus loin que le Transport en Commun (TC) ; nous devons envisager l’ensemble du spectre de la mobilité. »

Il n’existe toutefois pas de solution universelle.

Chaque pays peut adopter des modèles variés, adaptés à son contexte particulier, chacun présentant ses propres opportunités et défis.

Ce qui reste toutefois incontestable, c’est la nécessité d’investir dans les systèmes de mobilité.

Ce sont nos objectifs et nos défis communs qui nous unissent, et non qui nous divisent

La conférence s’est achevée par la signature d’un protocole d’accord entre l’Association africaine des autorités chargées de la mobilité urbaine (AUMA) et l’UITP.

Ce partenariat vise à favoriser le développement de villes durables et inclusives à travers l’Afrique grâce au partage d’expertise, au renforcement des capacités et au plaidoyer.

Selon les propos de Jelloul Samsseme, directeur général des collectivités locales au sein du Wali, « l’UITP favorise les échanges d’idées et la collaboration, et permet de travailler en partenariat avec les régions africaines ».

Rendre le Transport en Commun accessible, durable et respectueux de l’environnement

Alors que les délégués ont pu découvrir les coulisses du centre de maintenance multimodal (tram-BRT) de Casablanca lors de la dernière journée, l’esprit d’innovation et de collaboration était palpable.

« Je suis reparti inspiré par les idées qui ont été partagées », a déclaré l’un des participants.

Alors que les discussions étaient encore fraîches et qu’il restait encore beaucoup à aborder, la journée du 11 décembre 2024 a été très animée pour les membres de l’UITP, qui ont pris part aux réunions des divisions.

  • Réunion du comité exécutif régional de l’UITP pour l’Afrique : La toute première réunion, présidée par Edwins Mukabanah, Président de la Division Afrique de l’UITP et PDG de la Kenya Bus Company (Kenya), ainsi que par Bouaké Meite, vice-président de la Division Afrique de l’UITP et PDG de la Société des Transports Abidjanais ; et Ousmane Thiam, expert international en transport et mobilité urbaine, président d’honneur du Comité Afrique de l’UITP (Sénégal), s’est concentrée sur les développements stratégiques du secteur des transports publics en Afrique. Les principaux débats ont porté sur la manière de relever les défis urgents auxquels est confronté le continent en matière de transports publics, sur l’intégration du transport informel dans les systèmes mondiaux de mobilité urbaine, ainsi que sur la nécessité urgente de mettre en place des programmes de renforcement des capacités. La réunion a également été l’occasion de dresser le bilan des réalisations de 2024, notamment des activités du Regional Training Centre de l’UITP à Dakar, hébergé par le CETUD.

  • Réunion du Comité régional pour la région MENA : Sous la direction du vice-président principal, le Dr M. Hesham Taha, PDG de Mwasalat Misr, a approuvé les projets de recherche et les activités de l’UITP prévus pour 2025 et s’est félicité du succès et de la croissance remarquables enregistrés en 2024.

  • Réunion du groupe de travail sur la plateforme de bus Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA Bus Platform) : Sous la présidence de Badar Al Nadabi, PDG de Mwasalat Oman, les thèmes prioritaires du programme de travail pour 2025 ont été définis. Le groupe de travail présidé par Anan Al Amri, chef de section au Centre de transport intégré pour la mobilité alternative et durable (Abu Dhabi), a fait le point sur le projet intitulé « Décarbonation de la mobilité : « L’essor des bus électriques dans la région MENA », qui examine le contexte et la situation actuelle des bus électriques dans la région MENA et réalise une Analyse comparative fondée sur les meilleures pratiques et des indicateurs afin d’aider la région MENA à cerner ses besoins et à favoriser l’adoption des bus électriques.