La Conférence UITP Eurasia 2024 a réuni des personnalités de premier plan du secteur des transports urbains venues du monde entier.

Des experts, des innovateurs et des décideurs politiques issus de régions aussi diverses que l’Inde, Israël, la Jordanie, le Kazakhstan, le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Turquie, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, l’Ouzbékistan, les États-Unis et Hong Kong se sont réunis pour partager leurs connaissances, analyser les tendances en matière de mobilité urbaine durable et débattre de l’avenir de la mobilité urbaine durable.

La conférence de cette année, qui s’est tenue dans la ville historique de Kayseri, en Turquie, du 18 au 20 septembre, a mis en avant le rôle essentiel du Transport en Commun (TC) dans la réponse aux défis mondiaux tels que le changement climatique, la résilience urbaine et le développement durable des communautés.

Axée sur les véhicules à énergie propre, la conférence a souligné la nécessité à la fois de l’électrification et d’un report modal plus large vers le Transport en Commun (TC).

Les participants ont examiné des stratégies visant à améliorer l’organisation et la résilience des systèmes de transport public, tant au niveau politique qu’au niveau opérationnel.

Au cœur de ces discussions figurait la nécessité de trouver des solutions financières innovantes pour garantir la viabilité à long terme des réseaux de Transport en Commun.

Premier jour : Journée d’atelier | 18 septembre

La conférence a débuté par une journée d’ateliers réservée aux membres, proposant des sessions approfondies sur des thèmes techniques essentiels.

Le premier atelier était consacré à l’analyse du coût du cycle de vie (LCCA) pour différentes options de déploiement des bus électriques.

Les participants ont examiné le modèle du coût total de possession (TCO), qui englobe les coûts d’acquisition, d’exploitation, d’entretien et autres coûts liés au cycle de vie du véhicule.

Cette approche aide les parties prenantes à prendre des décisions éclairées en évaluant la faisabilité économique de différents systèmes de bus électriques.

Au cours de la deuxième session, les participants ont approfondi les aspects complexes de l’analyse des itinéraires et de la capacité des batteries pour les bus électriques.

La discussion a mis en évidence l’impact des contraintes techniques, telles que la planification et la gestion des lignes, sur l’autonomie des batteries et la taille de la flotte.

La mise en place réussie des bus électriques nécessite une planification minutieuse afin de relever ces défis et d’assurer un fonctionnement sans heurts.

Deuxième jour : Journée de la conférence | 19 septembre

La journée officielle de la conférence a réuni des experts des transports, des responsables municipaux et des dirigeants de l’industrie des transports afin de débattre des dernières tendances en matière de Transport en Commun (TC) et d’énergies propres.

Parmi les thèmes principaux figuraient l’électrification des flottes de transports publics, la nécessité de privilégier les transports publics plutôt que la voiture particulière, ainsi que la manière dont les politiques de haut niveau peuvent soutenir cette transition.

Les intervenants ont souligné les nombreux avantages du Transport en Commun (TC), tels que l’amélioration de la sécurité, la santé publique, la création d’emplois et la réduction des embouteillages.

Le message était clair : le Transport en Commun ne constitue pas un coût, mais un investissement qui présente de nombreux avantages tant sur le plan social qu’économique.

Le discours d’ouverture a été prononcé par Mohamed Mezghani, Secrétaire général de l’UITP, qui a souligné le soutien politique croissant dont bénéficient les transports publics dans le monde.

Il a souligné que le développement du Transport en Commun nécessite un soutien institutionnel, car il s’agit d’un service public qui apporte des avantages considérables.

M. Mezghani a souligné que les gens ne renonceront à la voiture particulière que si des alternatives confortables en matière de Transport en Commun leur sont proposées, et que les objectifs de l’Accord de Paris ne pourront être atteints sans une stratégie claire en faveur de la mise en place de transports propres.

« Les gens ne renonceront à leur voiture particulière que si des alternatives confortables en matière de transports publics leur sont proposées. »
Mohamed Mezghani
Secrétaire général de l'UITP

La conférence s’est ouverte par un débat sur les politiques visant à promouvoir l’utilisation de véhicules propres dans le Transport en Commun urbain et sur la manière de mettre en œuvre ces politiques, en mettant l’accent sur la résilience et la préparation aux catastrophes.

Cette séance était animée par le Dr Safak Hengirmen Tercan, président du Comité de la circulation et des transports et membre de l’Executive Board du conseil municipal métropolitain de Gaziantep, ainsi que professeur associé à l’université Hasan Kalyoncu.

Le maire de Kayseri, le Dr Memduh Büyükkılıç a annoncé les prochains projets de la ville en matière d’énergies renouvelables : une centrale éolienne de 21 MW et une installation solaire sur toiture de 1,8 MW, qui devraient toutes deux être mises en service d’ici la fin de l’année 2024.

Ces initiatives permettront de produire deux fois plus d’énergie que ce dont le Transport en Commun a besoin, contribuant ainsi à réduire les émissions de carbone de 15 000 tonnes par an.

Aujourd’hui déjà, 40 % des transports publics de Kayseri fonctionnent à l’énergie propre, et le plan d’action de la ville contre le changement climatique vise à atteindre la neutralité carbone d’ici 2028.

Mücahit Arman, responsable du développement stratégique au ministère turc des Transports et des Infrastructures, a indiqué que la Turquie s’efforce de réduire ses émissions de carbone en faisant passer la part du transport ferroviaire de 5 % à 22 % d’ici 2053, grâce à des investissements s’élevant à 273,8 milliards de dollars. La Turquie entend jouer un rôle de pionnier dans le développement des transports rapides dans la région.

« L’UITP considère que son rôle consiste à apporter son expertise et à sensibiliser le public à la contribution du Transport en Commun aux plans nationaux de décarbonation », a souligné Mohamed Mezghani.

Des villes pionnières telles que Paris, qui a doublé son réseau de Transport en Commun et mis en place des lignes réservées aux bus électriques, et Vienne, où 80 % des déplacements s’effectuent en Transport en Commun, constituent des exemples de bonnes pratiques.

Orhan Solak, directeur adjoint chargé du changement climatique au ministère turc de l’Environnement, de l’Urbanisme et du Changement climatique, a confirmé que la Turquie mettait en œuvre des programmes tant au niveau national qu’au niveau local.

Si 12 villes turques disposent actuellement d’un réseau ferroviaire urbain, des projets sont en cours pour développer le transport ferroviaire dans les villes de moins de 500 000 habitants.

La discussion est passée de la politique aux questions financières et aux marchés publics, sous la houlette de Jaspal Singh, directeur principal chargé des adhésions et des opérations mondiales à l’UITP.

Tali Trigg, responsable du programme « Villes vertes et mobilité électrique » à la BERD, a présenté des projets visant à soutenir les infrastructures du Transport en Commun, soulignant la nécessité d’une planification proactive pour éviter les embouteillages.

Ragub Garazade, spécialiste des transports à la Banque mondiale, a souligné que la Banque mondiale est le premier bailleur de fonds en matière de développement pour la mobilité durable, avec un portefeuille de projets dans le domaine des transports dépassant les 34,2 milliards de dollars.

Nevzat Bayrak, directeur du centre de R&D chez Metro Istanbul, a expliqué comment les entreprises relèvent les défis liés à l’approvisionnement en mettant l’accent sur l’innovation, la localisation et le transfert de technologies, notamment par le biais de projets de coopération industrielle.

Au cours de cette session, des témoignages ont également été présentés depuis l’Inde, où Kahini Ojha, chercheuse spécialisée dans les zones à faibles émissions et les bus électriques, a fait part des avancées réalisées dans la transition vers les véhicules à énergie propre.

Les participants ont été invités au prochain séminaire UITP sur les transports par autobus en Inde, qui se tiendra à New Delhi les 20 et 21 novembre 2024.

Feyzullah Gündoğdu, directeur de l’UITP Eurasie, a présenté un aperçu des solutions permettant de mettre en service des véhicules propres, en soulignant la popularité croissante des bus électriques à pile à combustible à hydrogène.

Mehmet Canbulut, PDG de Kayseri Ulaşım A.Ş., a fait part de ses inquiétudes concernant les risques technologiques, tout en restant optimiste quant aux perspectives financières futures liées aux investissements dans les nouvelles technologies applicables aux Bus.

Zeynel Albas (IETT, Istanbul), Idowu Oguntona (Lagos Bus Service), Ersel Çetin (ESHOT, Izmir), Mehmet Akif Erdoğan (Kayseri Ulaşım) et Orynbassar Agbayev (CTS, Astana) ont présenté des informations sur la mise en service de véhicules propres dans d’autres villes.

Principaux enseignements de la conférence

  • Il convient d’accorder la priorité à l’élaboration de la politique de transport.
  • L’électrification est essentielle pour lutter contre le changement climatique, mais un report modal est tout aussi crucial. Les politiques générales devraient encourager le public à délaisser les véhicules privés au profit du Transport en Commun (TC).
  • Le Transport en Commun (TC) contribue de manière significative au bien-être de la société en améliorant la sécurité, la santé publique, la création d’emplois et la croissance économique ; il doit donc être considéré comme un investissement et non comme un coût, compte tenu de ses avantages à long terme.
  • Les villes devraient veiller à ce que l’aménagement du territoire soit en adéquation avec les objectifs en matière de transports afin d’optimiser l’efficacité et la durabilité.
  • Les systèmes de transport public doivent faire preuve de résilience pour relever les défis urbains plus larges qui vont au-delà de l’électrification.
  • Une collaboration plus étroite entre le gouvernement central et les collectivités locales est essentielle pour garantir une mise en œuvre efficace des politiques au niveau municipal.

Troisième jour : Visites techniques et culturelles | 20 septembre

La dernière journée de la conférence a été consacrée à des visites techniques et culturelles à Kayseri et dans ses environs.

Les participants ont pu profiter d’une visite guidée des sites historiques de la ville, qui leur a donné un aperçu du riche patrimoine culturel de Kayseri.

La visite comprenait également une halte au dépôt du tramway de Kayseri, où les participants ont pu découvrir le système moderne de tramway de la ville ainsi que les efforts déployés pour intégrer des bus électriques dans la flotte urbaine.

La journée s’est terminée par un voyage en Cappadoce, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, réputé pour ses paysages époustouflants et ses anciennes habitations troglodytes.

Cette sortie culturelle a offert aux participants une occasion unique de revenir sur les débats de la Conférence et de réfléchir à la manière dont le Transport en Commun (TC) peut contribuer au tourisme durable et au développement régional.

Construire ensemble un avenir durable

Alors que l’urbanisation ne cesse de progresser et que les défis climatiques s’intensifient, le rôle du Transport en Commun (TC) est plus crucial que jamais.

L’électrification, le report modal et la mise en œuvre de politiques stratégiques constituent les éléments clés de cette transformation.

Toutefois, le succès de ces initiatives dépendra largement de la collaboration entre les autorités locales et nationales, les acteurs clés de l’industrie et les communautés.

En favorisant le partage des connaissances et la collaboration, la Conférence UITP Eurasia a une nouvelle fois renforcé le mouvement mondial en faveur de la mobilité durable.

Ensemble, nous œuvrons à la création de villes plus propres, plus sûres et plus inclusives pour les générations futures.