Le transport informel est essentiel aux moyens de subsistance de millions de personnes dans le Sud. Dans une grande partie du monde en développement, de l’Afrique à l’Amérique latine et à l’Asie, les exploitants de transports collectifs et souvent non réglementés fournissent des emplois et des solutions de mobilité aux populations qui en ont besoin.

Pour beaucoup, le transport adapté est une source de revenus et une fierté locale. Et pour d’autres, il comble les lacunes là où le transport en commun de masse n’existe tout simplement pas.

C’est cette nature commerciale qui fait que le transport adapté se décline sous toutes les formes et tailles et répond à toutes sortes de besoins. En conséquence, les autorités et les exploitants des transports ont du mal à définir le secteur, et encore moins à élaborer une stratégie claire et cohérente qui prenne en compte le transport adapté.

Afin d’aider le secteur des transports publics à mieux aborder le transport adapté et, en fin de compte, à améliorer la mobilité pour tous, le Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) de l’UITP a réuni des experts et des professionnels pour explorer le secteur.

Emmanuel Dommergues, responsable de la gouvernance de la mobilité à l’UITP, partage ses réflexions issues de la collaboration avec le groupe de travail.

Qu’est-ce que le transport adapté ?

Emmanuel : Pour commencer, paratransit et transit font référence aux services de transport collectif qui sont « presque comme » ou « autour » du Transport en Commun (TC) de masse. En bref, le transport adapté fait référence à la forme de transport collectif prédominante dans le Sud global. Plutôt que de limiter le secteur à une simple définition, les experts et les professionnels du Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) de l’UITP proposent une description du secteur qui examine ses caractéristiques différentes et diverses.

« Une étude a révélé qu'à 18 grandes villes africaines, le transport informel représente 60 % à 100 % du transport collectif. »
Emmanuel Dommergues, responsable de la gouvernance de la mobilité à l'UITP

Quelles sont les caractéristiques du transport adapté ?

Emmanuel : Certaines caractéristiques sont visibles et d’autres sont invisibles. Il est facile de reconnaître un tuk-tuk en Inde, un jeepney aux Philippines ou un minibus-taxi en Afrique du Sud. Le groupe d’experts de l’UITP tente d’adopter une approche « d’économie politique » du secteur, ce qui signifie que nous identifions les parties prenantes impliquées, la relation entre elles et le fonctionnement et la structure du système dans son ensemble.

La structure du transport adapté varie considérablement. Il peut y avoir un seul propriétaire-conducteur, bien que les conducteurs puissent également être embauchés ou travailler pour les propriétaires de véhicules. Les personnes impliquées dans la prestation du service peuvent travailler en indépendant ou faire partie d’une coopérative/entreprise, dont la taille peut varier.

En quoi le transport adapté diffère-t-il selon les régions ?

Emmanuel : Il existe en effet 50 nuances de gris, comme nous aimons à dire au sein du Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) de l’UITP. Si nous commençons par les aspects visibles, les véhicules diffèrent grandement : il y a des véhicules à 2 roues, à 3 roues, des voitures, des minibus, des pick-up et parfois des bus plus grands (jusqu’à 12 mètres).

Il existe même un train à une seule rame qui dessert une communauté latino-américaine et transporte des marchandises ! Certains véhicules ont peut-être été modifiés pour accueillir plus de sièges, disposer d’un toit ouvrant ou être décorés afin que les utilisateurs puissent les identifier facilement.

Les différences peuvent également être visibles chez les utilisateurs desservis, qu’il s’agisse de grandes ou de petites villes, de zones centrales ou périphériques, de femmes, d’hommes, de jeunes ou de personnes âgées, d’utilisateurs réguliers ou occasionnels. Le transport adapté s’adapte à de nombreux segments de marché différents.

De même, la manière dont les gouvernements, les agences et les autres organismes publics délivrent des licences, réglementent, planifient ou gèrent les services de transport adapté varie énormément d’un contexte à l’autre.

Y a-t-il un transport adapté dans le Nord mondial ?

Emmanuel : Oui, des services de transport informel existent dans le Nord mondial. Mais des éléments clés tels que les contextes juridiques, institutionnels et culturels, ainsi que le niveau plus élevé de motorisation, sont des différences cruciales entre le Nord mondial et le Sud mondial.

Une leçon que j’ai apprise en écoutant les experts de haut niveau du groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) est que le secteur de transport adapté du Sud mondial propose des solutions ingénieuses, économes en technologie et intelligentes qui répondent aux besoins de mobilité des personnes d’une manière qui peut inspirer le Nord mondial à améliorer son système de transport de manière intelligente et durable.

Quelles sont les forces du transport adapté ?

Emmanuel : Il y en a beaucoup ! Je vais n’en citer que quelques-uns. Pour les utilisateurs, qu’ils soient urbains ou ruraux, le secteur propose des solutions de transport quotidiennes, adaptables, flexibles, sur mesure et économiques.

Le transport adapté est souvent bien organisé : les lignes sont structurées, convergent dans des pôles et des terminaux, desservent des zones spécifiques avec des rues sinueuses ou vallonnées, et tout cela à différents moments de la journée. Au Cap, en Afrique du Sud, il existe des « services de transport adapté » vers la plage. À Visakhapatnam, en Inde, des « services de cabotage » relient deux stations de BRT.

« Pour les travailleurs, le secteur est un fournisseur d'emplois essentiel. En Tanzanie, un minibus crée quatre emplois. »
Emmanuel Dommergues
Responsable de la gouvernance de la mobilité à l'UITP

Et ces emplois ne concernent pas uniquement les propriétaires, les conducteurs ou les contrôleurs de billets – il y en a beaucoup d’autres emplois indirects en matière d’entretien, de fourniture d’énergie, de fourniture d’équipements d’exploitation, et plus encore. L’économie numérique (applications, fournisseurs d’informations, réservation de places, suivi en temps réel) est également alimentée par le développement du transport adapté. Les fabricants fournissent également des solutions technologiques, des dispositifs d’information pour les passagers ou les conducteurs aux panneaux solaires et aux moteurs à énergie propre.

Du point de vue des autorités et des gouvernements, le transport adapté offre des solutions de mobilité dans les villes et les territoires qui s’adaptent parfaitement à différents contextes. Essentiellement, les prestataires de transport adapté remplacent les services de transport organisés et réglementés par le secteur public.

Quelles sont les faiblesses du transport adapté ?

Emmanuel : Le secteur est confronté à des défis fondamentaux. Les utilisateurs ne reçoivent pas toujours la qualité de service ou la fiabilité qu’ils attendent. Par exemple, les trajets et les horaires non rentables peuvent être exclus ou limités. En particulier, les services de vendredi en fin d’après-midi sont insuffisants dans certaines zones, car les conducteurs se dépêchent de rentrer chez eux pour le week-end.

De plus, les véhicules sont parfois anciens, offrent trop peu de places et la surcharge est courante. Les véhicules ne sont pas conformes aux exigences de sécurité routière, ni aux normes environnementales ou d’émission.

De plus, la surdisponibilité tend à générer des embouteillages sur certaines rues. Sans parler du fait que les conditions peuvent être très difficiles pour les conducteurs et les contrôleurs de billets, qui doivent travailler de longues journées pour atteindre leur objectif de revenu quotidien afin de couvrir les coûts.

Le transport informel a une double nature. D’une part, le secteur est axé sur les entreprises, dirigé par de petits entrepreneurs, des PME et des coopératives de tailles variées. L’activité commerciale influence ses décisions.

D’autre part, le transport adapté joue le rôle d’un service essentiel en tant que fournisseur de mobilité critique pour les populations qui doivent voyager pour accéder à l’éducation, à l’emploi, aux amis, à la famille, aux loisirs, aux hôpitaux, et plus encore.

Dans cet esprit, le Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) de l’UITP et ses partenaires orientent la conversation dans la direction suivante : il est nécessaire de mettre le secteur sur la voie de la transformation pour le rendre plus solide, plus qualitatif et plus conforme aux objectifs de politique générale de haut niveau, tels que les objectifs de développement durable des Nations Unies.

Le groupe de travail est également conscient que la transformation est un processus complexe et difficile, et que nous avons de la chance au sein du Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) de l’UITP de partager nos précieuses expériences.

« Il est essentiel de considérer que le transport adapté doit jouer un rôle majeur dans le système de mobilité d'aujourd'hui et de demain dans le Sud global. Nous ne devrions ni négliger ni nous débarrasser du secteur. »
Emmanuel Dommergues
Responsable de la gouvernance de la mobilité à l'UITP

Comment les exploitants des transports en commun et les autorités devraient-ils aborder le transport adapté ?

Emmanuel : Le transport adapté est essentiel, mais il est possible de l’améliorer. Une façon de l’améliorer est de développer de manière holistique un système de transport durable avec de fortes synergies entre le transport adapté et les transports en commun de masse. Par exemple, les systèmes de transport en commun de masse à Cape Town et Dakar, Sénégal (tous deux bus à haut niveau de service) et Lagos, Nigeria (chemin de fer lourd) constituent l’épine dorsale des réseaux de transport où il existe de nombreux prestataires de transport adapté. Le transport adapté peut être un service d’appoint comme à Istanbul, en Turquie, ou le service principal dans les zones où le transport en commun de masse est absent, comme à Kampala, en Ouganda, qui est une zone à forte densité et dynamique sur le plan démographique.

Mais transformer le transport adapté est un long processus. Nous devons comprendre quels rôles les différentes parties prenantes du transport adapté peuvent jouer dans l’avenir du secteur. Qui devrait être responsable de la gestion et de l’exploitation des services ? Qui devrait définir les critères que le secteur doit respecter en termes d’intégration ? Quel type de relation devrait exister entre un régulateur et les exploitants des transports ? Et quelles conditions le secteur doit-il remplir pour apporter des avantages précieux aux communautés ? Ce sont là des questions clés que notre Groupe de travail de transport adapté (Paratransit Working Group) explore.

En fin de compte, les deux conditions de succès sont la confiance et le dialogue. Cela nécessite une approche centrée sur l’humain et une attention particulière portée à la main-d’œuvre du secteur, ainsi qu’à la consultation des utilisateurs de transport adapté (généralement difficiles à atteindre) et à leur droit de regard.

Comprendre le transport adapté

Lecture essentielle pour le secteur des transports publics

Pour plonger dans l’univers du transport adapté, l’UITP propose trois publications clés sur le transport adapté pour lancer la conversation sur la transformation.

« Notre document sur la description, les rôles et les fonctions du transport adapté offre une bonne compréhension de la manière d'aborder le système. Le document de 12 pages sur les données identifie les critères que vous pouvez utiliser pour saisir les principales caractéristiques du secteur. Et enfin, l'ensemble d'outils pour les modèles économiques montre comment le secteur fonctionne réellement et explore comment les prestataires de transport adapté dépendent actuellement tant de l'atteinte de leur objectif de revenus quotidiens pour couvrir tous leurs coûts. »
Emmanuel Dommergues
Responsable de la gouvernance de la mobilité à l'UITP