La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord connaît actuellement une profonde transformation en matière de mobilité urbaine.

Alors que les gouvernements de la région s’efforcent de réduire la dépendance à l’égard de la voiture, de diminuer les émissions et de faire face à l’urbanisation rapide, les transports publics s’imposent non seulement comme un pilier stratégique du Développement durable, mais aussi comme un outil essentiel pour améliorer la qualité de vie dans les villes.

Des réseaux de métro à la pointe de la technologie et des bus électriques aux plateformes tarifaires intégrées et aux partenariats public-privé, une nouvelle ère se dessine, une ère qui s’inscrit dans le droit fil des visions nationales, des engagements mondiaux en matière de climat et de l’évolution des besoins des citadins en termes de
la mobilité et l’accessibilité en général.

Afin d’évaluer, de comprendre et d’accompagner cette transformation, le Centre d’excellence des transports de la région MENA — créé en 2011 dans le cadre d’une initiative conjointe entre la Dubai Roads and Transport Authority (RTA) et l’Union Internationale des Transports Publics (UITP) — a publié la 7e édition de sa principale publication d’analyse, intitulée « The MENA Transport Report ».

S’appuyant sur les conclusions de ce rapport sur les transports publics, l’article suivant présente six tendances clés qui redéfinissent actuellement le paysage des transports publics dans toute la région.

Ces dynamiques reflètent à la fois les défis et les innovations qui façonnent les villes aujourd’hui et permettent de mieux comprendre comment et pourquoi la région s’oriente vers des réseaux de mobilité plus résilients, plus efficaces et plus accessibles.

#1 Les investissements dans le rail lourd redéfinissent la mobilité urbaine dans la région MENA

Les infrastructures ferroviaires occupent désormais une place centrale dans les stratégies de mobilité de nombreuses villes de la région MENA.

Alors que plusieurs pays mettent en place des réseaux de métro et de tramway pour la première fois, d’autres développent ou modernisent leur flotte existante.

Dans des villes comme Djeddah et Bagdad, des projets de grande envergure sont en cours de préparation, ce qui témoigne d’une prise de conscience croissante du fait que les réseaux ferroviaires sont essentiels pour lutter contre la congestion urbaine, les émissions polluantes et améliorer la connectivité.

Le rythme des investissements est remarquable : près de 80 % des réseaux de tramway de la région ont été mis en service au cours de la seule dernière décennie.

L’Afrique du Nord s’est montrée particulièrement active dans le domaine des tramways. L’Algérie a mis en place l’un des programmes de tramway les plus ambitieux de la région, avec plusieurs réseaux en service tant dans les grandes villes que dans les villes de taille intermédiaire.

Casablanca et Rabat ont également investi de manière constante dans des réseaux de tramway modernes et en pleine développement, qui desservent les axes urbains à forte densité et relient les banlieues en pleine croissance.

En ce qui concerne le Métro, Téhéran et Riyad sont les opérateurs des deux réseaux les plus longs de la région MENA. Si l’on considère ces chiffres par million d’habitants, les deux villes présentent une densité de réseau comparable, ce qui laisse supposer des niveaux de couverture similaires par rapport à la taille de leur population.

Doha, en revanche, se distingue : malgré une population moins nombreuse, elle affiche le plus grand nombre de kilomètres de métro par habitant de la région, ce qui témoigne d’investissements stratégiques précoces dans les transports à grande capacité.

En réponse aux investissements considérables réalisés dans le domaine du transport ferroviaire urbain et aux récentes évolutions majeures du secteur, l’UITP a lancé en avril 2025 la Plateforme ferroviaire urbaine Eurasie-Moyen Orient et Afrique du Nord (Eurasia-MENA Urban Rail Platform), une initiative qui rassemble les autorités et les opérateurs afin d’échanger leurs expériences et de partager leurs bonnes pratiques et leurs connaissances dans ces deux régions.

Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE).

#2 L’essor des réseaux de bus à haut niveau de service (BRT) dans la région MENA

Les réseaux de bus à haut niveau de service (BHNS) connaissent un essor croissant dans toute la région MENA, les autorités urbaines privilégiant des solutions évolutives et rentables pour relever les défis liés aux transports publics.

Contrairement aux réseaux de Métro ou de Tramway, qui nécessitent des investissements initiaux élevés et des délais de mise en service plus longs, le BRT offre une alternative flexible permettant d’assurer un service fiable et à grande capacité pour un coût nettement inférieur.

Nombre de véhicules de BRT par million d’habitants

Téhéran exploite actuellement le plus grand réseau de bus à haut niveau de service (BHNS) de la région en termes de taille de la flotte, et celui-ci constitue l’épine dorsale du réseau de transports publics de la ville.

À Amman, le développement du BRT a progressé rapidement, la longueur du réseau par million d’habitants se rapprochant désormais de celle de Jakarta, qui abrite le plus long réseau de BRT au monde.

Les résultats d’Amman ne se mesurent pas seulement en termes d’infrastructures, mais aussi à l’aune de l’engouement croissant du public : la fréquentation de son réseau de bus à haut niveau de service (BHNS) a triplé, passant de 4,9 millions de passagers en 2022 à 18,6 millions en 2024.

Cette croissance rapide témoigne de la confiance croissante du public dans la fiabilité, l’accessibilité et l’intégration du réseau dans les habitudes de déplacement quotidiennes.

Casablanca s’est récemment jointe à cette tendance en inaugurant sa première ligne de BRT, conçue pour renforcer l’intégration multimodale avec le réseau de tramway de la ville et réduire les embouteillages.

En Arabie saoudite, le BRT fait l’objet d’une coordination stratégique avec d’importants investissements dans les infrastructures : Riyad a mis en place un réseau de bus à haut niveau de service (BHNS) qui vient compléter son projet de Métro à six lignes, tandis que Djeddah et d’autres villes telles que Dammam et Médine étudient la possibilité de créer des couloirs BHNS afin d’étendre ce service à grande capacité aux zones mal desservies.

Ces évolutions soulignent une fois de plus une tendance régionale plus générale, selon laquelle le BRT est considéré à la fois comme une alternative efficace aux investissements dans le rail lourd et comme un élément essentiel d’une planification des transports urbains durables, intégrée et multimodale.

Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE)

Coordonné par l’UITP, le projet européen eBRT2030 constitue une étape majeure dans le domaine de la mobilité électrique ; il vise à soutenir les transports urbains durables en proposant des solutions innovantes pour les réseaux de bus à haut niveau de service (BHNS) électriques.

Accessibilité: Bien plus qu’une simple question de revenus

Si des niveaux de revenus plus élevés sont souvent associés à un meilleur accès aux transports publics, la région MENA montre que la richesse financière ne suffit pas à elle seule à garantir une couverture généralisée.

Dans les pays à revenu élevé, des budgets solides permettent souvent de financer des infrastructures de transport coûteuses, améliorant ainsi l’accès des habitants à l’emploi, à l’éducation et aux services.

Cela contribue à son tour à renforcer la participation économique et la résilience urbaine.

Cependant, cette relation n’est pas purement linéaire : l’accessibilité dépend également fortement des choix politiques, de l’urbanisme et de la manière dont les transports s’intègrent dans le tissu urbain au sens large.

Les données relatives à la région montrent des contrastes frappants, même entre des pays ayant des niveaux de revenu similaires.

Certaines zones urbaines en pleine expansion sont confrontées à des lacunes en matière d’infrastructures, les réseaux de transports n’ayant pas suivi le rythme de la croissance démographique.

Les villes qui parviennent à offrir une grande accessibilité ont tendance à mettre en œuvre des stratégies tournées vers l’avenir, à investir dans l’intégration multimodale et à donner la priorité à la connectivité du premier et du dernier kilomètre.

Ces résultats montrent que c’est la planification stratégique, bien plus que la seule richesse, qui garantit des transports publics inclusifs et accessibles.

Source : Base de données des indicateurs des ODD, Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales (2023) – Traitée par Our World in Data, puis par l’UITP CTE MENA. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE), rapport sur les transports dans la région MENA, 2025.

L’UITP reconnaît le rôle essentiel de la connectivité du premier et du dernier kilomètre pour assurer une mobilité urbaine efficace.

Dans un rapport spécifique, une feuille de route détaillée a été présentée afin de renforcer la praticabilité piétonne et d’améliorer l’accessibilité dans toute la région.

Par ailleurs, l’UITP s’est associée à Walk21 pour contribuer à la rédaction d’une publication de référence sur la combinaison de la marche et des transports publics.

N° 3 : La mobilité intelligente dans la région MENA : Intégrer l’innovation dans la mobilité urbaine pour améliorer
Accessibilité

L’essor des services de VTC, des bus à la demande et de la micromobilité électrique est en train de transformer en profondeur la mobilité urbaine dans la région MENA, agissant à la fois comme catalyseur et comme conséquence de la tendance générale au développement des villes intelligentes.

Alors que les collectivités régionales et les municipalités s’efforcent d’améliorer l’accessibilité, de réduire les embouteillages et de diminuer les émissions, ces solutions de mobilité flexibles et fondées sur la technologie sont de plus en plus intégrées dans les stratégies officielles de transports.

Des villes telles que Dubaï, Téhéran, Rabat, Riyad et Doha ont mis en place des programmes spécifiques de mobilité intelligente qui intègrent la planification d’itinéraires en temps réel, les transports à la demande et des plateformes de paiement numériques, facilitant ainsi des déplacements fluides entre différents modes de transport.

Les services de VTC, autrefois considérés comme marginaux, font désormais l’objet d’une réglementation et de partenariats public-privé, ce qui leur permet de compléter les transports publics existants et de développer leur couverture dans les zones à faible densité de population.

De même, des systèmes de bus à la demande s’appuyant sur des données géospatiales en temps réel sont mis en place afin d’optimiser la répartition de la flotte, notamment pendant les heures creuses ou dans les nouveaux quartiers.

La micromobilité électrique — notamment les trottinettes électriques en libre-service, les vélos électriques et les véhicules électriques compacts — connaît également un essor croissant, offrant des solutions durables pour le premier et le dernier kilomètre dans les centres-villes et aux abords des pôles de transport.

Ces innovations améliorent non seulement le confort des utilisateurs, mais alimentent également en données des Plateformes de mobilité urbaine à plus grande échelle, ce qui permet aux villes de planifier leurs actions de manière plus intelligente et de fonctionner plus efficacement.

Alors que les frontières entre les transports publics et privés continuent de s’estomper dans cet écosystème en pleine évolution, la question cruciale qui se pose est la suivante : comment les villes peuvent-elles concevoir des modèles de gouvernance garantissant que l’innovation serve l’intérêt général sans compromettre la sûreté et la sécurité ?

L’UITP a mis en place un groupe de travail dédié à l’« IA dans les transports publics » et a publié un premier rapport sur l’utilisation de l’IA dans la mobilité urbaine.

Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE).
Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE).
Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE)

N° 4 : La région MENA en route vers un avenir des transports à faibles émissions de carbone

La transition vers des transports publics durables prend de l’ampleur dans toute la région MENA, les bus électriques et les carburants alternatifs jouant un rôle de plus en plus central dans les stratégies nationales de mobilité.

Cette évolution résulte de la convergence entre les engagements en matière de climat, les impératifs liés à la qualité de l’air urbain et la recherche d’une diversification énergétique à long terme.

Le Qatar s’est imposé comme un pionnier régional en inaugurant le dépôt de bus de Lusail — le plus grand dépôt de bus électriques au monde selon le Guinness World Records —, qui a permis la mise en service de plus de 800 bus électriques.

Cette installation intègre des énergies renouvelables, avec 11 000 panneaux solaires produisant 4 mégawatts par jour, et s’inscrit dans la stratégie globale du pays visant à électrifier sa flotte de véhicules publics.

De même, les Émirats arabes unis mettent en œuvre un programme de bus écologiques à Abu Dhabi, dans le cadre duquel des essais pilotes de bus électriques et à hydrogène ont débuté, s’inscrivant ainsi dans une feuille de route visant à faire évoluer le système de transport public de l’émirat vers un modèle entièrement écologique d’ici 2030.

L’Arabie saoudite investit également massivement dans les transports publics électrifiés et fonctionnant aux carburants alternatifs, en intégrant des bus électriques au réseau en pleine développement de Riyad, aux côtés du Métro récemment mis en service, et en intégrant la mobilité propre dans l’aménagement urbain de NEOM et d’autres projets relevant de la Vision 2030.

L’Égypte et le Maroc s’appuient sur leur industrie nationale et les énergies renouvelables pour déployer à grande échelle des bus propres, en mettant de plus en plus l’accent sur le gaz naturel comprimé (GNC) et les technologies hybrides.

Plutôt que de constituer des expériences nationales isolées, ces initiatives marquent les prémices d’un modèle régional de mobilité décarbonée, qui allie modernisation des infrastructures, politique industrielle et transition énergétique.

Avec l’essor des carburants alternatifs dans différentes villes de la région MENA, celle-ci montre clairement comment une planification publique stratégique, des politiques climatiques et des adaptations technico-économiques sont en train de définir les nouvelles perspectives des transports urbains durables.

L’UITP CTE MENA a publié un nouveau rapport intitulé « L’essor des bus électriques dans la région MENA ». Ce rapport offre un aperçu de la manière dont les bus électriques sont en train de transformer l’ensemble du secteur des transports publics.

Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE)

N° 5 : Prix abordable : Une ligne de démarcation entre les niveaux de revenus

L’accessibilité financière reste un aspect essentiel de l’équité en matière de transports publics dans la région MENA.

Si le niveau de revenu joue un rôle déterminant, c’est une fois de plus la manière dont les villes traduisent leur capacité économique en politiques d’accessibilité tarifaire qui fait véritablement la différence.

Dans les villes à revenus élevés telles qu’Abou Dhabi, Dubaï, Doha et Riyad, le coût d’un Pass mensuel pour les transports publics représente une part relativement faible du revenu moyen, ce qui les classe parmi les plus abordables de la région.

Cela laisse entendre que des ressources budgétaires importantes, associées à une volonté politique, peuvent garantir que les transports publics restent une option viable et attrayante pour tous les groupes socio-économiques.

Même des villes comme La Mecque et Sharjah — bien que de taille plus modeste — se classent dans le premier quartile en termes d’accessibilité financière, ce qui témoigne de l’efficacité des subventions ciblées et de la régulation des tarifs.

À l’inverse, les villes des pays à revenu intermédiaire inférieur, comme Le Caire, doivent faire face à une charge plus lourde.

Dans ce contexte, le rapport élevé entre les tarifs et les revenus risque de marginaliser les résidents aux faibles revenus, de limiter leur accès aux services essentiels et d’accentuer les disparités socio-économiques.

Pour remédier à ces disparités, il faut des investissements soutenus, une tarification mieux pensée et la volonté de veiller à ce que les transports publics favorisent le bien-être financier des habitants, et non ne le compromettent pas.

Les systèmes de transport publics qui tiennent compte du niveau de revenu des ménages sont plus susceptibles de favoriser une fréquentation régulière, de soutenir la mobilité économique et d’améliorer la qualité de vie.

Le Comité de l’économie des transports (TEC) a publié un rapport intitulé « Keeping it fare : » « Comment rendre les tarifs des transports publics abordables ».

ACCESSIBILITÉ FINANCIÈRE DES TRANSPORTS PUBLICS EN FONCTION DES NIVEAUX DE REVENUS

Source : RAPPORT SUR LES TRANSPORTS DANS LA RÉGION MENA, 2025. © Centre d’excellence des transports de l’UITP pour la région MENA (UITP MENA CTE)


L’évolution du paysage de la mobilité dans la région MENA témoigne à la fois de progrès remarquables et de défis persistants.

Les investissements dans les infrastructures ferroviaires, l’extension des réseaux de bus à haut niveau de service et l’adoption croissante des bus électriques témoignent d’un engagement clair en faveur de la modernisation des transports publics et de la réduction des émissions.

Parallèlement, l’émergence des Solutions de mobilité et des Services à la demande contribue à combler les lacunes du premier et du dernier kilomètre, qui constituent des obstacles majeurs à une mobilité fluide, connectée et inclusive.

Pourtant, des problèmes structurels tels que l’accessibilité limitée et les disparités marquées en matière d’accessibilité financière entre les différents niveaux de revenus restent des préoccupations majeures.

Ces défis exigent des efforts coordonnés qui accordent la priorité à l’inclusion, à l’intégration et à l’accessibilité financière dans la conception des systèmes, ainsi qu’au partage des ressources & de l’expertise entre les différentes parties prenantes.

L’UITP et ses membres jouent un rôle central dans l’orientation de cette transition grâce à une production solide de connaissances et à des échanges entre pairs au sein des instances de travail et des plateformes.

Qu’il s’agisse de rapports techniques sur le déploiement des bus électriques ou sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la mobilité urbaine, ou encore de publications spécialisées approfondies, l’expertise collective de l’UITP continue d’accompagner les villes et les opérateurs dans la conception de systèmes de transport publics qui soient non seulement efficaces et à la pointe des progrès technologiques, mais aussi accessibles, abordables et socialement inclusifs.

Vous pouvez consulter les différentes éditions du rapport sur les transports dans la région MENA ici : [2025, 2021, 2019, 2017, 2016, 2015, 2010]