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Les transports publics en Amérique du Nord

Les tendances à surveiller

Reprise de la fréquentation. Pénurie de main-d’œuvre. Déficits de financement. Les exploitants des transports publics et les autorités de transport sont actuellement confrontés à de nombreux défis, mais la situation des transports en commun en Amérique du Nord n’est pas pour autant tout à fait sombre ! En réalité, de nombreuses opportunités n’attendent que d’être saisies par des autorités organisatrices de transports (AOT) et des exploitants des transports publics innovants et tournés vers l’avenir.

L’UITP met en relation les experts et les professionnels des transports publics afin d’identifier les principales tendances et les enjeux majeurs, et de discuter des meilleures solutions en Amérique du Nord et dans le monde entier.

Au sein de nos groupes de travail et de nos comités, nous découvrons ce qui préoccupe et ce qui inspire le secteur des transports publics. Voici les 10 principales tendances qui redessinent le paysage des transports publics en Amérique du Nord en 2024 !

N° 1 : La reprise de la fréquentation

Les transports publics nord-américains reprennent du poil de la bête. À la fin de l’année 2023, les données relatives à la fréquentation ont montré qu’aux États-Unis, le nombre de passagers avait atteint 79 % des niveaux d’avant la pandémie, grâce à une forte augmentation annuelle de 16 % du nombre de trajets.

Dans un avenir proche, les opérateurs et les autorités doivent s’attendre à ce que la demande continue d’augmenter !

Certaines villes restent toutefois fortement touchées. Détroit, Scranton, Raleigh, Tampa, Philadelphie et bien d’autres n’ont récupéré que moins de la moitié de leur niveau de demande antérieur.

Même San Francisco peine à atteindre 51 % des niveaux de 2019, le télétravail empêchant de nombreux travailleurs du bureau de se rendre au bureau.

Certaines villes ont trouvé des solutions créatives. Prenons l’exemple de Vancouver, au Canada : la campagne marketing « Ride and Shine » de TransLink a mis les déplacements de loisirs au premier plan, ce qui a entraîné une hausse de 10 % de la fréquentation.

De plus, en avril 2024, TransLink a annoncé que la fréquentation avait complètement repris.


#2 Les grands événements favorisent le financement et renforcent la visibilité

L’Amérique du Nord n’est pas étrangère aux grands événements et aux concerts, mais deux des tournois les plus importants et les plus prestigieux au monde s’apprêtent à débarquer sur le continent ! En 2026, la Coupe du monde de football se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, et en 2028, Los Angeles accueillera les Jeux olympiques.

Ces événements de grande envergure peuvent générer d’énormes résultats économiques pour les villes hôtes, mais accueillir une telle affluence implique d’assurer le transport des spectateurs vers et depuis les sites.

C’est là que les transports publics entrent en jeu ! Lors de la précédente Coupe du monde de football au Qatar, la capitale du pays, Doha, a démontré à quel point les transports publics ont contribué à enrichir l’expérience de cet événement.

Pour y parvenir, il faut investir dans les infrastructures, les technologies et les ressources humaines.

Même si ce financement représente un « coût » pour la ville, l’amélioration des transports publics a un impact positif tant pour les citoyens que pour la ville, et cet impact perdure bien après la fin de l’événement !

Chiffres clés du Métro de Doha pendant la Coupe du monde de football 2022

  • 59 % des visiteurs du stade sont venus en Métro
  • 17 millions de passagers ont voyagé pendant le tournoi
  • Une fréquentation trois fois supérieure à celle enregistrée avant l’événement


#3 Les véhicules autonomes et les robotaxis prennent leur essor

Les robotaxis autonomes ne relèvent plus de la science-fiction : ils transportent déjà des passagers.

Déjà disponibles à Phoenix, San Francisco et Los Angeles, et avec des essais en cours à Atlanta, les passagers peuvent monter à bord de l’un des quelque 250 robotaxis.

Ces véhicules ont déjà transporté des passagers sur des millions de kilomètres, sans qu’aucun conducteur de sécurité ne se trouve à bord.

Pour garantir l’adoption de cette technologie, les autorités législatives et les organismes de transport devront collaborer étroitement afin d’établir un cadre clair et de renforcer la confiance du public à l’égard de cette nouvelle technologie.

N° 4 : Recruter, recruter, recruter ! Les défis liés à la main-d’œuvre

96 % des organismes de transport américains sont confrontés à une pénurie de main-d’œuvre. En conséquence, les villes risquent de devoir réduire leurs services de transport. Pour éviter cela, le secteur doit attirer et fidéliser les talents.

Soyons clairs : notre secteur offre des emplois bien rémunérés, stables et locaux, et soutient près d’un demi-million d’emplois aux États-Unis (soit environ la population de Miami ou de Minneapolis).

Au-delà des campagnes de recrutement, la promotion de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et l’amélioration de la satisfaction au travail sont essentielles pour constituer une main-d’œuvre résiliente.

#5 Des taxes plus innovantes, telles que la tarification de la congestion

New York pourrait bientôt devenir la première ville d’Amérique du Nord à mettre en place un péage urbain.

Qu’est-ce que cela signifie ? La proposition prévoit que les véhicules entrant dans le centre-ville et le quartier de Midtown à Manhattan devront s’acquitter d’une redevance d’environ 15 dollars.

Une telle politique permettrait de réduire les embouteillages urbains tout en débloquant des fonds.

En effet, la Metropolitan Transportation Authority (MTA) estime que le projet proposé permettrait de générer un milliard de dollars par an, une somme qui serait consacrée à la modernisation des infrastructures et même à l’extension du réseau de métro.

Parallèlement, le secteur doit mettre en place des mesures d’aide afin de garantir que la mobilité reste accessible et inclusive.

De son côté, la MTA proposerait des réductions ou des exonérations aux ménages à faibles revenus, aux personnes handicapées, aux véhicules d’urgence, aux bus scolaires et dans d’autres cas particuliers.

#6 Le BRT redéfinit le transport rapide

Sur les 61 projets de transports publics sélectionnés pour bénéficier d’un financement de la part de l’Administration fédérale des transports (FTA) des États-Unis, 40 concernent des réseaux de bus à haut niveau de service (BHNS) en tant que BRT (Bus Rapid Transit).

Et tandis que les projets ferroviaires nécessitent des investissements colossaux et de nouvelles infrastructures, le BRT tire parti d’un atout dont l’Amérique du Nord dispose en abondance : les routes.

Avec leurs voies réservées, leur accès de plain-pied, leur priorité de passage et leur priorité aux feux de signalisation, les BRT n’ont rien à voir avec l’image classique d’un bus bondé coincé dans les embouteillages.

L’un des meilleurs exemples de BRT en Amérique du Nord est celui de Richmond, en Virginie. Il suffit de regarder les chiffres pour constater que le réseau Pulse BRT de Richmond est impressionnant.

Grâce à une stratégie d’investissement dans des transports publics efficaces, la fréquentation des transports à Richmond dépasse désormais de 5 % les niveaux de 2019, ce qui en fait l’une des dix seules grandes agglomérations des États-Unis à avoir pleinement retrouvé son niveau de fréquentation d’avant la pandémie.

Le Pulse a ouvert ses portes en 2018Cela coûte moins d’un dixième du prix de la construction d’un tramway
Attire 7 000 usagers par jourLe nombre de passagers a plus que doublé par rapport à l’ancienne ligne de bus !

N° 7 : Quel est le meilleur choix : le bus à hydrogène ou le bus électrique ?

Partout en Amérique du Nord, le débat fait rage entre les bus à hydrogène et les bus électriques. Chaque technologie présente des avantages et des implications qui lui sont propres.

La mise en œuvre de l’une ou l’autre de ces options nécessitera des investissements considérables ; les choix effectués aujourd’hui auront donc des répercussions à long terme.

Les bus à hydrogène :

  • Disposer d’une gamme plus large
  • Il pèse cinq tonnes de moins qu’un bus électrique
  • Faites le plein en moins de 15 minutes, contre huit heures
  • Opérateur qui fonctionne mieux en terrain vallonné et par des températures extrêmes

Par ailleurs, les bus électriques offrent :

  • Un stockage de l’énergie plus simple
  • Des coûts d’exploitation et de maintenance réduits
  • Moins de préoccupations à propos de la sécurité liées à l’inflammabilité
  • Et contrairement à l’hydrogène, vous bénéficiez d’une énergie propre largement disponible

Il n’y a pas de réponse unique à cette question ! En fin de compte, chaque opérateur et chaque autorité devra choisir la combinaison de technologies qui correspond le mieux à ses besoins et à ses objectifs.

#8 La croissance de la micromobilité n’est pas près de s’arrêter (mais elle évolue)

Le nombre de trajets en trottinette électrique de Lime a atteint un niveau record en 2023. Parallèlement, Bird a racheté Spin et, en Europe, TIER a racheté Dott. En bref, le marché connaît de profonds bouleversements. Cela n’est nulle part plus évident que dans l’histoire de Bird.

En décembre 2023, Bird, opérateur leader du marché des trottinettes électriques, a déposé le bilan. Mais dès avril 2024 (soit quatre mois plus tard seulement), l’entreprise avait déjà rebondi.

Selon M. Bird, une meilleure coopération avec les municipalités sera essentielle à leur réussite future.

Grâce à une stratégie d’urbanisme collaborative, les opérateurs de micromobilité peuvent collaborer avec les autorités pour faire connaître leurs besoins et, en contrepartie, être mieux intégrés dans l’offre globale de mobilité, de sorte que le secteur puisse contribuer à un report modal au détriment de la voiture, et non de la marche ou du vélo.

#9 Comment concilier investissements publics et privés ?

Le financement public est indispensable pour les transports publics. Mais les fonds publics ne peuvent pas tout financer à eux seuls. C’est là que les partenariats public-privé (PPP) prennent toute leur importance.

Les partenariats public-privé peuvent contribuer à stimuler l’innovation et le développement durable. Par exemple, le gouvernement fédéral américain a investi 1,2 milliard de dollars dans un partenariat public-privé visant à construire une plateforme d’hydrogène propre pour le Métro de Santa Cruz.

Le Canada est un fervent défenseur des partenariats public-privé : avec 291 partenariats en cours, le pays figure parmi les principaux utilisateurs de ce type de partenariats au monde.

Partout au Canada, les autorités expérimentent également différents types de PPP afin d’améliorer ce modèle, tels que les contrats d’alliance et les contrats de conception-construction progressive, qui invitent tous deux le secteur privé à collaborer dès le début du projet afin de stimuler l’innovation et d’assumer une partie des risques.

En fin de compte, cependant, ce sont les deniers publics qui constituent le pilier du financement des transports en commun. Aucune autre source n’offre les moyens nécessaires pour assurer la continuité des opérations ni la sécurité qui incite le secteur privé à investir.

« Le financement permanent des transports publics constitue un investissement déterminant pour l’avenir des collectivités canadiennes. Il permettra de moderniser et de développer les réseaux de transports publics et de transport actif afin de répondre au mieux aux besoins locaux en matière d’infrastructures dans les collectivités rurales, urbaines et autochtones. »
Dominic LeBlanc, P.C., K.C., M.P., Minister of Intergovernmental Affairs, Infrastructure and Communities, Canada

N° 10 : L’intelligence artificielle bouleverse tous les secteurs (en particulier l’excellence du service)

L’intelligence artificielle (IA) change la donne de manière positive. L’IA est capable d’identifier les problèmes potentiels avant qu’ils ne deviennent graves, d’une manière dont les humains sont tout simplement incapables.

De plus en plus de villes étudient comment l’IA peut optimiser les services et la maintenance, et les résultats sont encourageants ! En effet, un essai de quatre mois portant sur un outil de maintenance basé sur l’IA pour les bus, mené dans trois sociétés de transport aux États-Unis et au Canada, a révélé que cet outil permettait de réduire les heures de travail de près de 50 %.

Cela signifie que le personnel de maintenance est mieux à même de repérer, de réparer et de hiérarchiser les problèmes qu’il identifie.